10/04/2009

Comment ça va, chez vous?

Ça va? Question banale, s’il en est. Sur utilisée, spécialement, pour prendre contact avec un interlocuteur sans s’impliquer. Quelle déception quand la personne décode mal l’intervention et commence décrire ses petits bobos…

Je suis tombé sur une conférence de David Suzuki, cette semaine. On sait qu’il est un éminent savant militant pour l’environnement. Et il a un talent hors pair pour vulgariser les grands enjeux de notre monde et un sens de l’image vraiment percutant. Je m’inspire ici de sa réflexion.

J’ai retenu deux ou trois de ses images, qui me laissent dans un état d’émerveillement craintif. Il y a un mot pour ça? Vertige, peut-être… Il disait que le mot « éco », dans écologie et économie, signifie « home ». La maison familiale, si on veut. La maison familiale, pour l’humanité, c’est la biosphère, une mince couche collée sur la surface de la terre. Trrrrès mince couche.

Tout ce que nous consommons vient de cette mince couche. Tout ce que nous rejetons reste dans cette même couche. Autrement dit, tout ce que nous consommons, nous le prenons dans la maison familiale. Et nos déchets, nos rejets, nous devons trouver une pièce dans la maison familiale pour les caser. Il n’y a pas d’ailleurs. C’est ici qu’on crée les problèmes, et ici, dans la maison familiale, qu’on les résout. Quand on enfouit des déchets domestiques ou industriels, on les cache simplement au sous-sol de la maison… Quand les pays industrialisés envoient leurs déchets ailleurs, ce n’est pas ailleurs. C’est juste dans la pièce voisine… Un peu dérangeant comme constatation, non?

Autre image : il faisait remarquer que chez les Primitifs (et le monde primitif n’est jamais bien loin dans l’histoire, étant donné que l’Homme est un petit nouveau sur la planète…), on était collés sur la nature. On en dépendait. Alors si la chasse n’était pas bonne, on implorait le Dieu de la Chasse. Si la sécheresse ruinait les récoltes, on suppliait le Dieu des Récoltes. Le sorcier déterminait la conduite à tenir, et souvent, la seule conduite à tenir qu’il voyait, c’était d’offrir au dieu un sacrifice. Et moi, je dirais que le top du top des sacrifices, c’était le sacrifice humain.

Or, il y a un nouveau dieu dans notre maison. C’est le dieu « Economics » des Américains. Le dieu « Economy » de M. Harper. Le dieu « Économie » de M. Charest. Je dirais que lorsque ça va mal au plan économique, les sorciers (économistes, magnats de la finance, industriels ) engagent des pleureuses (médias, monde politique) qui s’agitent, s’arrachent les cheveux, déchirent leur chemise : l’économie va mal, où est-ce qu’on s’en va! Autrement dit, le dieu « Economics » est fâché! Va falloir lui offrir un sacrifice. Vous me voyez venir. Qui va payer pour le sacrifice? Pas le sorcier, bien sûr. On met sur l’autel du dieu Économie l’argent des contribuables… Le bon peuple ne peut rien faire, car le sorcier est trop puissant. Il est le seul à pouvoir apaiser le dieu Economy, selon lui… Car il est le seul à le connaître intimement…

David Suzuki nous invite à un changement de perspective tout simple… et pas si simple! Pour lui, l’écologie est la connaissance de la maison familiale, et l’économie, son administration. Pour que ça change, et que nous cessions de nous souiller les pieds dans notre propre maison, il s’agit simplement de remettre le « éco » dans l’éco-nomie. Gérer la maison familiale demande simplement de tenir compte de la nature de la maison. De la nature, point.

L’économie va mal? La gestion fait partie de la vie familiale, mais elle n’est pas la vie, non? Si ta gestion est inadaptée, chose, change ta gestion, cibole! (Je fais mon petit Falardeau, là!)

Pour savoir comment ça va chez nous, ce n’est pas aux économistes qu’il faut le demander…

J’aime bien cette autre idée (de Suzuki?) : le monde va continuer éternellement, mais l’espèce humaine n’y sera peut-être pas. « Survival of the fittest », disait Spencer, repris par Darwin. La sélection naturelle. Si nous ne nous adaptons pas, nous ne survivrons pas.

Les corneilles et goélands vivront longtemps. Ils en auront pour des millénaires à se nourrir de nos sites d’enfouissement « sanitaire »….

Comment ça va, chez nous? On peut toujours répondre « Ça va, ça va… »

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5/16/2009

Il pleut… Belle occasion d’écrire.

 

Comme je suis allé à la pêche, cette semaine, et que je suis revenu bredouille, j’ai transformé un proverbe pour dire : « L’homme propose, le poisson dispose ». Vaut mieux rire que pleurer. Autre dicton de pêcheur!

 

Alors, belle activité de samedi sous la pluie, voici quelques créations inspirées des pages roses du Larousse. Je vous propose un jeu : essayer de retrouver le proverbe ou la citation originale…

 

 

— A beau s’enfuir qui mord de loin.

— Avec des « si », on met le poisson au frigo.

— Ce que poisson veut, Dieu le veut.

— Poisson mal ferré ne profite jamais.

— Bon leurre ne peut faillir.

— Un bon doré est un doré frit.

— Un bon pêcheur sent le poisson.

— C’est en pêchant qu’on devient menteur.

— Chacun pour soi et du poisson pour tous!

— Poisson manqué craint la mouche.

— Poisson promis, main qui pue.

— Cœur qui soupire n’a pas de poisson à frire.

— Comme on appâte sa ligne, on a poisson à montrer.

— Les conseilleurs ne sont pas les meilleurs pêcheurs.

— Contentement passe succès.

— Dans le doute, obstine-toi!

— A beau mentir qui est loin du bateau.

— Deux poissons valent mieux qu’un ver.

— Dis-moi où tu pêches, je te dirai ce que tu prends.

— L’eau va à la rivière… et le poisson va à l’eau.

— En avril, ne sors pas ton fil. En mai, cours le brochet.

— L’enfer est pavé de poissons ratés et de jurons réussis.

— Entre les dents du brochet, ne pas mettre le doigt!

— Le poisson confirme la méthode.

— Le bonheur vient en pêchant.

— Des espèces et des grosseurs, il ne faut pas comparer.

— Chez le pêcheur, les grandes douleurs ne sont pas muettes, oh non, tab…

— Les grands pêcheurs sont de grands conteurs.

— Le saut fait l’achigan.

— La pêche est une première nature.

— Heureux à la pêche, malheureux en amour (?).

— La plus belle rivière du monde ne peut donner que ce qu’elle a.

— Bon ferrage est gage de succès.

— Quand la chaloupe est à l’eau, faut lancer la ligne.

— Qui a pêché, pêchera.

— Qui pêche, dînera.

— Qui pêche bien frit bien.

— Qui ne risque rien ne prend rien.

— Qui peut le plus gros peut le plus petit.

— Qui pêche au vent récolte l’onde.

— Qui ferre trop gros casse sa ligne.

— Qui va à la pêche change le mal de place.

— Qui veut jeter son poisson l’accuse de mauvaise espèce.

— Qui veut pêcher loin ménage son essence.

— À  la pêche, rira bien qui rira le premier… et le dernier!

— Le poisson frit pour tout le monde!

— Tant va la ligne à l’eau qu’à la fin elle s’évente.

— Tel est surpris qui croyait prendre.

— Telle bière, telle pisse.

— Le temps, c’est du poisson.

— Tous les chenaux mènent à la perchaude.

— Toute pêche mérite poisson.

— Toute vérité n’est pas bonne à dire.

— Tout nouveau pêcheur, tout gros poisson.

— Le poisson vient à point à qui sait le prendre.

— Trop de précautions, le poisson suit.

— Un poisson de perdu, dix de disparus.

— Pêcher une fois devient coutume.

— Un poisson ne fait pas la saison.

— Un pêcheur averti vaut mieux que deux naïfs.

— Un mauvais permis vaut mieux qu’un bon billet.

— Un « tiens » vaut mieux que deux « J’vais attendre encore un peu ».

— Ventre affamé motive le ferrage.

— Il faut qu’averse se passe.

— Il faut qu’un poisson soit pris ou perdu.

— Il faut parfois rendre à la rivière ce qui appartient à la rivière.

— Il ne faut pas tourner la manivelle sept fois avant de ferrer.

— Il ne faut jamais lancer le manche avec la ligne.

— Il ne faut pas dire : « Rivière, je ne te pêcherai plus. »

— Il n’est pire sourd que celui qui s’en va à la pêche.

— Il n’y a que la vérité qui blesse… le pêcheur.

— Vaut mieux petit poisson que rien du tout.

— À vaincre avec une 30 lb test, on triomphe sans gloire.

— Il y a loin de la rivière à l’épuisette.

— Les poissons se suivent et se ressemblent tous.

— Loin de l’appât, loin de la poële.

— Mains froides, poisson frit.

— Ne dérangez pas le poisson qui veille.

— La nature porte conseil.

— La nuit, tous les poissons sont des barbottes.

— Nul n’est prophète en sa rivière.

— L’occasion fait le poisson.

— L’oisiveté est la mère de la pêche.

— On ne prend pas de poisson sans sacrifier de ver.

— Le gros poisson mord à la ligne du champion.

— On connaît la rivière à ses poissons.

— Pas de nouvelles, mauvaises nouvelles.

— Peu de poisson n’est pas vice.

— Petit à petit, le vivier se remplit.

— Les petits ruisseaux font les petits poissons.

— Petite pluie attire grand poisson.

— Pénurie de poisson n’est pas mortelle.

— Pluie du matin, pêcheur chagrin.

 

 

Et pourquoi pas, en commentaire, en proposer d’autres?

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3/09/2009

Le patenteux

« Récit réaliste mais mal construit, mal équilibré entre l'aventure en forêt, le sauvetage, les relations inter personnelles, l'amour et les frasques d'adolescents; les personnages sont stéréotypés. »

Cette évaluation de mon roman, Les rescapés de la taïga, publié en 2003, m’a un peu dérangé, vous l’imaginez bien.

Je me suis précipité sur Goggle, ai tapé « construction d’un roman » et me suis informé. Ah, c’est ça. J’ai gardé le lien pour référence future et j’ai laissé mûrir…

Je vous livre aujourd’hui ma réflexion.

Nous sommes une nation de patenteux. J’adorais, quand j’étais petit, aller faire un tour à la forge du village pour regarder une bande de fer devenir un fer à cheval. Chez mon grand-père, à la ferme, il y avait un coin forge. On n’achetait pas grand-chose, on se débrouillait, on bricolait, on innovait…

Mon père était un patenteux. Un moyeu de roue sur un poteau, des tiges de fer reliées entre elles par des planches de bois, voilà une balançoire tournante du plus bel effet … étourdissant ! Un petit moteur électrique, un montage excentrique et voilà que le bonhomme carnaval danse avec la princesse.

Notre sous-sol est souvent devenu atelier de conception, réalisation, peinture… Il en parlait à tout le monde et tout le monde avait hâte de voir la dernière patente du Père Nadeau. Pour se moquer de lui, ou le féliciter, selon…

Je suis aussi un patenteux. J’ai fait une carrière d’enseignant, et j’ai toujours eu de la difficulté à me servir du matériel tout fait. Je préférais créer mon matériel. Est-ce que tout le matériel inventé respectait toutes les normes du ministère ? Permettez-moi d’en douter ! Alors, un expert aurait pu réviser mon matériel en oscillant entre le doute, l’inquiétude, la peur… et j’espère aussi, parfois, l’admiration. Car la caractéristique du patenteux, c’est de sortir des sentiers battus.

Alors, m’y voici : qui fait les sentiers battus, qui fait la norme ? J’imagine même que quelqu’un a déjà essayé de définir la patente !!!

Un intellectuel (que je ne méprise pas, j’en suis un… oh, si peu !) s’amène. Il observe la patente. Il compare à d’autres patentes. Des points communs, il tire des conclusions.

Il écrit un mémoire, le défend avec succès et est consacré patentologue. Il poursuit son étude des patentes, parcourt différents pays, écrit un mémoire de patentologie comparée, se retrouve avec une maîtrise. Il va pouvoir travailler dans un ministère !

Mais pas tout de suite. Car d’autres se sont amusés aussi à étudier la patente, on a de nombreux traités de patentologie, plusieurs diplômes de plusieurs universités différentes et notre patentologue devient nerveux. Qu’est-ce que la patentologie, finalement ?

Notre patentologue va faire un peu de philosophie à la Sorbonne et revient avec une idée géniale : il faut normaliser la patentologie. Il obtient une bourse, devient docteur en patentologie et obtient un emploi au gouvernement comme sous-ministre responsable de la patente.

Quand quelqu’un voudra se lancer dans la patente, il devra obtenir un permis. Et pour l’obtenir, il devra justifier son appartenance à l’Union des Patenteux, qui a entre temps obtenu le monopole de la patente.

Ouf… J’ai bien peur que ce soit la fin de la patente !!!

Je suis un patenteux. J’ai enseigné comme un patenteux. J’écris comme un patenteux. Vous voyez bien !

Quand j’ai écrit mon roman, je me suis fait plaisir. J’ai essayé de créer un monde : une famille, des jeunes avec leurs parents et leurs amis, j’ai voulu les mettre en situation de défi. Je les ai regardés agir, interagir selon leurs valeurs. J’aurais pu intituler mon roman : Tranche de vie chez les XYZ à W dans les années N.

Mais voilà que les patentologue du roman sont tombés sur cette patente, ont lu mon roman et se sont posé une question d’intellectuel : « Qu’est-ce que c’est que cette patente à gosses ? »

Pas construit comme les patentologues auraient voulu. Pas équilibré à leur goût. Trop stéréotypé. Hum…

Et pourtant, mon roman s’est vendu en relativement peu de temps. Preuve, sans doute, qu’il y a plus d’amateurs de patentes que de patentologues dans la population.

Mais je promets. Je m’amuserai un peu moins lors de mon prochain roman, je vais faire attention à la structure, à l’unité, à la simplicité. Quant aux stéréotypes, c’est plus difficile. Le stéréotype est souvent dans l’œil de celui qui regarde.

Peu de gens lisent pour débusquer les stéréotypes, je pense. Qu’en pensez-vous ?

Et c’est sur mon blogue, sur Facebook, maintenant, que je sèmerai mes patentes !

On dit souvent qu’une société évolue par sa marge et la patente est marginale !!!

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2/27/2009

Obamamanie

L’Obamamanie a fait place à la Kovhystérie, preuve que les médias (et leur clientèle!) ont l’appétit éclectique. Mais pour le commun des mortels, l’une ou l’autre idolatrie ne change rien. Une fois passée la bulle, l’adrénaline tombe un peu à plat, non? On va « faire les séries »? Peut-être. La récession va prendre fin? Probablement, plus tard.

Je me suis réjoui de la montée de Barack Obama, surtout parce qu’elle me permettait d’entrevoir un changement d’esprit : celui de Bush, franchement, que j’ai aimé le détester!!! Mais dès son élection, je me suis mis à prendre mes distances face à Barack Obama. Après tout, il est le président des Américains, l’homme le plus puissant du monde, mais qui agira toujours, la main sur le cœur, en faveur des Américains. L’esprit a changé, la manière va sans doute par conséquent changer... Mais l’objectif sera le même : assurer la domination américaine sur le monde.

Je trouve qu’on a donné trop d’importance à la visite du président américain. Et que les médias en ont beurré pas mal épais.

Mais ça se comprend. L’être humain a besoin de mythes, Il a besoin de religion. Cela me fait penser à la religion du dieu Cargo. Les habitants de certaines îles du Pacifique visitées par des navires pleins de marchandises ont commencé à développer une religion à un dieu qui reviendrait leur apporter toutes sortes d’objets de consommation.

Et quand les Américains, lors de la 2e guerre mondiale, ont fait la conquête des îles dans leur guerre contre les Japonais, les indigènes ont même vu du « cargo » parachuté du ciel. Alors de là à penser qu’avec des prières, le dieu Cargo allait revenir, on peut imaginer que le pas est vite fait.

Surtout si un soldat américain se dirige vers vous, un jour, vous tend la main en disant : « Hi, I’m Joe, from America. Have you seen any cargo? » De fait, cette religion du dieu Cargo a un prophète du nom de Joe Frumm… Joe from…

On pourrait penser que la civilisation a progressé, qu’on ne pourrait plus aujourd’hui espérer qu’un dieu du ciel va revenir nous donner la prospérité. Et pourtant…

Il suffit qu’un Américain charismatique, le sourire photogénique à l’écran et le verbe brillant au micro, se présente à la tribune : « Hi, I’m Barack Obama, President of the United States of America… » pour faire naître le mythe.

Et les Canadiens se sont réjouis de l’élection d’Obama. Ils se sont rendus à Ottawa, ils se sont écrasés devant leurs téléviseurs, le cœur battant, l’espoir ravivé.

Notre monde de consommation est menacé, et voilà leur sauveur. Cargo est grand, Obama est son prophète…

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12/27/2008

R.I.P. Noël?

Monique et moi venons probablement de passer notre premier Noël « de vieux », cette semaine.

Chaque année, le mois de novembre ramène la même question, le même problème : comment harmoniser l’emploi du temps de tout le monde? Pas facile avec quatre enfants qui ont leur propre famille grandissante, qui doivent composer avec celui de chacun sa belle-famille!

Cette année, c’est notre benjamine qui nous reçoit au Jour de l’An. Nous avons bien hâte de voir tout notre monde. Mais pour Noël, nous étions libérés… Libérés pour quoi?

Dans notre cas, il faut dire que Monique s’est fracturé la cheville à la fin de novembre et qu’elle recommence tout juste à marcher. Pas encore question de « set carré » pour elle! De plus, elle se paye un rhume teigneux (Tousse pis tousse pis Alléluia!) qu’elle ne veut pas partager, l’égoïste! Alors on s’est fait un petit repas tranquille et j’ai essayé une recette toute simple de brochettes de poulet. Avec un bon vin donné par nos amis Alexis et Heidi lors de leur dernière visite, ce fut un repas pas si mal, finalement.

Nous avons regardé des films. L’homme qui parlait à l’oreille des chevaux et Voyage au pays de l’imaginaire. Comme je couvais une migraine, je pleurais tout le temps! C’est un des pré-symptômes de la migraine, pour moi : une tristesse inexplicable m’assaille, j’ai comme un goût de pleurer en dedans et la moindre émotion dans un film ou une série télévisée déclenche l’arrosoir!

Alors hier, le 25, méga-migraine. Bof, j’ai des médicaments et on sait que ça va finir un jour.

Puis je me faisais cette réflexion : passer Noël seuls, pour des parents, c’est le prix à payer pour que leurs enfants vivent leur propre vie.

Ça m’a rappelé une décision difficile que nous avons eu à prendre comme jeunes parents. Chaque année, nous étions reçus chez mes parents et avec le nombre de petits-enfants qui augmentait, le Père Noël n’en finissait plus d’extraire de son sac les présents que les enfants déballaient rapidement pour ensuite attendre : « OK, est-ce que j’en ai d’autres? » Suivaient trop souvent les disputes d’enfants fatigués, l’impatience des parents, les interventions parfois maladroites des mononcles..

Un jour, nous en avons eu assez et nous avons annoncé à nos parents que l’année suivante, nous allions fêter Noël chez nous, avec nos enfants. Et comme nous étions au cœur d’un cheminement religieux dérangeant pour nos proches, notre décision a été difficile à accepter pour mes parents. « Vous ferez cela quand nous serons morts », ma mère m’a-t-elle dit un jour.

Ma mère vit toujours et est en relativement bonne forme, à 89 ans. Si nous l’avions écoutée, nous n’aurions jamais pu nous donner le temps de vivre Noël avec nos enfants. Nous aurions sauté une génération…

Mais je comprends ma mère maintenant. Noël tout seuls, ouais…

Et nous avons poursuivi notre cheminement. Ce que nous contestions, à l’époque, c’est le fait que les gens, même devenus adultes, redeviennent des enfants quand ils retournent chez leurs parents. On joue aux cartes, on prend un verre. D’accord, on réserve une heure pour remettre les cadeaux aux enfants, puis allez jouer, qu’on s’amuse! Ton cousin t’a fait mal? Va donc voir ta mère… Ah, les mères, on ne reconnaîtra jamais assez leurs talents de diplomatie. Même s’il leur fallait parfois saisir un petit monstre par les bras et le mettre à réfléchir dans le coin! La diplomatie, M. Bush vous le dira, a quand même ses limites!!!

Mais ce qui nous irritait le plus, c’était l’orgie de consommation. Nous étions d’avant-garde là-dessus : on parle quand même des années 70! Et nous n’avions pas de mérite. Nos parents avaient connu l’économie de subsistance. Ah, l’invention du sac de farine ( de fleur, comme on disait à l’époque!) de couleur que les mamans recyclaient pour confectionner des robes craquantes pour leurs petites filles... Dans l’économie de subsistance, on ne peut acheter de cadeaux, on n’a pas d’argent. Qui va accepter un porcelet dans une poche en paiement d’un pistolet de plastique qui lance des dards à ventouse? Mais on était ingénieux. Et le garçon qui recevait un canif découvrait rapidement qu’il pouvait fabriquer tous les fusils qu’il voulait. Génération de « gosseux »!!!

La génération suivante avait le choix. Ou on reprenait le modèle de vie frugal des parents, ou on compensait : « Je vais te payer tout ce que je n’ai pas eu… » Monique et moi étions plutôt du premier genre.

Aujourd’hui, quand nous découvrons les ravages de la société de consommation, la menace qu’elle fait porter sur l’avenir de la planète, nous sommes contents d’avoir résisté autant que possible à l’appel du Dieu Consommation, ou du Père Noël. Non, Société Moderne, non, le Père Noël n’existe pas… S’il existait, il quêterait des subventions aux gouvernements! Car tout se paie.

Santa Claus aurait dû s’appeler Santa Coke, mais le marketing aurait été transparent, et ce n’est pas bon pour la mercatique d’être transparente… On recrute des poètes pour inventer une magie de Noël et on passe sous pression sa pacotille plus ou moins à rabais.

Des parents diront que c’est important, la magie. Oui. Mais ça dépend laquelle.

Parlant de magie, il faut que je vous parle du p’tit Jésus. Monique et moi, nous avons donné un sens religieux à Noël pendant plusieurs années. Nous faisions la démarche de l’avent avec nos enfants, et nous leur racontions l’histoire de Noël . Personne ne peut nous reprocher d’avoir voulu y croire!

Mais voilà… Nous avons été désillusionnés, comme des enfants qui découvrent que le Père Noël a la même montre que l’oncle Paul. Et la désillusion a la même profondeur que notre besoin de croire.

Nous avons été désillusionnés par la religion. Nous cherchions la foi et on nous offrait de la religion. C’est comme les apôtres, il cherchaient le Royaume et ils ont eu l’Église catholique. Méchante pacotille…

Remarquez, des choses merveilleuses se sont passées dans l’Église. Des héros, des héroïnes ont accompli des miracles. Mais souvent malgré l’Église et non à cause d’elle. Les visiteurs des communautés religieuses qui faisaient la ronde de leurs missions étaient souvent déçus de constater que les missionnaires étaient de moins en moins religieux. Soit ils travaillaient fort pour le développement de la société, soit ils se trouvaient une zone de confort pas trop fatigante…

La religion, l’opium du peuple... C’est vrai que c’est une drogue… Et comme pour toute dépendance, j’imagine qu’on ne peut jamais être assuré d’être guéri...

Vous comprendrez que la « magie » de Noël, la messe de minuit, les petits anges dans le chœur, les décorations… Ça ne nous dit plus rien.

Voir des enfants pleurer parce qu’ils ont peur du Père Noël, ou d’autres parce qu’ils n’en peuvent plus de se tenir tranquille en attendant le Minuit chrétien, ça m’agace. J’ai l’impression de me retrouver dans une salle d’attente avec un petit qui grouille en attendant son vaccin!!! À qui on va donner un suçon pour lui faire oublier sa douleur...

Alors, oui, je suis devenu un Vieux Grinch! Pourquoi pas?

Mais nous allons rencontrer notre famille le premier de l’An. Nous allons bien sûr nous offrir des cadeaux. On boucle la boucle! Car Noël a été inventé, ne l’oublions pas, pour essayer de faire oublier la fête païenne du solstice d’hiver, la naissance de Mithra, etc.

Oublions les mythologies, même la chrétienne et celle de la consommation, et souhaitons-nous et à nos enfants une excellente année 2009.

Elle ne sera pas facile, paraît-il. Espérons simplement qu’elle accouchera d’un monde meilleur.

Amen!


À vous tous, une excellente année 2009 !

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11/28/2008

Le blues du paresseux

Il y a 8 ans que je suis retraité. Au début, j’étais comme en convalescence. Je faisais beaucoup de vélo, je donnais des cours privé à des élèves en difficulté.

Puis je me suis mis à peaufiner un roman que j’avais commencé quelques années auparavant. Correction, ré-écriture, démarche chez les éditeurs, re-correction, ré-écriture, re-correction, ré-écriture. Lancement. Je suis un auteur!

Pas si vite. Il fallait vendre le fameux livre. Alors, rencontres dans des écoles, dans des bibliothèques.

Je deviens membre de diverses associations, dont l’Association des auteurs de la Montérégie. Tu as du temps, Fabien? Il y a un poste d’ouvert au C.A. Je prends des responsabilités : je deviens le « facteur virtuel » de l’association, chargé de relayer les messages aux membres. Je suis un des réviseurs, puis un des rédacteurs du bulletin. Je suis occupé…

Mais je ne parviens plus à écrire. L’an passé, la maladie m’a ralenti pendant plusieurs mois. J’ai commencé à me poser des questions sur le sens de ma vie… Je n’ai pas fini.

Dernièrement, j’ai eu un sursaut. Comme j’ai pris du poids et que je sais bien que mes deux petites bières quotidiennes y étaient pour quelque chose, j’ai cessé d’en prendre, sauf situation spéciale. Vous pouvez encore m’en servir! Et aussi souvent que je le peux (que l’horaire des sports à la télé me le permet), je double ma marche quotidienne : huit km au lieu de quatre. Ça commence à paraître sur mon tour de taille!

Puis j’ai avisé mes collègues qu’à partir de janvier, je ne serais plus au service de l’association comme facteur virtuel et réviseur. Je coupe les ponts. Pourquoi? Je ne sais pas vraiment. Je leur dis que ma vie a besoin d’un shakeup.

Il y a longtemps que je ne prie plus, mais ces temps-ci, il m’arrive de jeter un cri au Ciel : « Je ne sais pas quoi faire, mais si Tu as besoin de moi, viens me chercher… » C’est probablement une prière dangereuse, mais je suis un incorrigible optimiste.

Or, dernièrement, je lisais dans La Presse un article d’Isabelle Audet sur l’ennéagramme. L’ennéaquoi?

Petit google. Je tombe sur un site, comment dirais-je, mystérieux. Sur un autre site, à propos de l’ennéagramme, les Sceptiques du Québec le sont, évidemment. Et je ne suis pas sûr que je suis mûr pour me farcir soufis et pseudo-sagesse orientale. Mais on parle de 9 types de caractère, ce qui m’intéresse.

Sur un autre site, un petit test me fait découvrir que je suis un numéro 9. Le dernier de la liste… mais pas le moindre, vous pensez bien.

J’ai déjà suivi une formation où l’animateur nous proposait un modèle théorique du développement d’une personne en nous précisant bien qu’un modèle n’est pas un idéal. C’est quelque chose auquel on peut se comparer pour mieux se comprendre, pas quelque chose à viser nécessairement.

Alors je me lance dans l’étude du « no 9 ». On verra bien ce que ça donnera.

On dit que le 9 a le centre instinctif comme centre préféré, mais c’est aussi celui qu’il réprime. Le centre instinctif serait celui qui cherche à préserver notre être, à assurer notre survie physique et psychologique. C’est le centre des valeurs, des certitudes, des croyances profondes.


Le 9 essaierait de maintenir un équilibre entre les utilisations intérieure et extérieure du centre. Il se sert du centre instinctif à la place des centres émotionnel et mental; par contre, quand il faudrait agir en utilisant son centre instinctif, il emploie soit le centre émotionnel, soit le centre mental.

Le centre émotionnel est le lieu des émotions, de l’affectivité, des désirs, des relations. Il s’intéresse au présent. Le centre mental s’occupe du sens, de l’analyse logique, du raisonnement, de la création, de la perspective et de la prospective. C’est le centre du futur.

Il paraît que la colère est un élément essentiel de la vie émotionnelle du 9. Mais une colère réprimée.

Le 9 cherche à tout prix à éviter les conflits… Je commence à comprendre des choses.

Exemples… Combien de fois dans mon enfance me suis-je trouvé lâche! Si mon frère était dans le pétrin, je regardais ailleurs…

Quand j’ai connu ma future femme, ça n’a pas pris de temps que j’ai voulu l’emmener dans mon lit… Les hormones, vous savez! Je me suis rivé le nez! Alors je lui ai écrit pour lui demander de m’excuser, tout en lui disant qu’il était peut-être mieux qu’on ne se revoie pas, que je ne gagnais probablement pas à être connu… Monique n’était pas de cet avis et nous sommes encore ensemble. C’est de sa faute!!! D’ailleurs, avec moi, tout est de la faute des autres…

En dernière année d’école normale, j’ai quitté mes études. Je me rends compte aujourd’hui que j’étais président de l’école et que le poste générait une bonne dose de conflits…

J’ai laissé mon emploi de responsable d’école à Schefferville quand cela est devenu plus difficile à vivre avec la direction générale à Sept-Iles… Etc…

Pour éviter les conflits, le 9 va en permanence chercher la paix intérieure et extérieure et pour cela, il considère que rien n’a vraiment d’importance. J’ai dit à quelques reprises à mes élèves, durant ma carrière, que ce que je leur enseignais, dans le fond, n’avait pas d’importance, qu’ils pourraient plus tard apprendre en un mois ce que je mettais un an à leur montrer…

L’important, c’était le vivre-ensemble, le croître-ensemble…

Je renonce beaucoup à moi-même, à mes idées. Une collègue rencontrée lors d’une session de formation et qui avait travaillé en équipe avec moi me disait que c’était agréable de travailler avec moi. J’avais beaucoup d’idées, mais j’acceptais de les laisser transformer, adapter par les autres. Je peux renoncer à une partie de hockey à la télé, par exemple, que disant que bof, ça n’a pas d’importance.

Par contre, si je me sens trop souvent laissé pour compte, les autres ne sont pas à l’abri d’une colère!!!

Puisqu’il réprime le centre instinctif, le 9 a du mal à agir; il a une forte tendance à remettre au lendemain ce qu’il pourrait faire le jour même. Sa passion est la paresse.

Voilà, le mot est lancé. Il y a six mois qu’un couple de mes amis glissent le mot « paresse » dans la conversation, guettant du coin de l’œil comment je réagis… Je cache ma réaction, mais ça me fait mal.

J’ai fait rire quelqu’un dernièrement, en disant que je ne me vois pas comme paresseux, mais comme inactif. Je n’aime pas le mot paresseux, qui a une connotation de jugement. Inactif, ça décrit un fait.

Alors, oui, je m’assume et je me pardonne : je suis paresseux!!! Mais tout le monde le sait : il n’est pas facile de ne pas se juger, de ne pas se condamner…

À cause de ma peur du conflit, je suis facile à arrêter. J’ai voulu faire des travaux à la maison, une fois, et Monique m’a dit qu’il fallait d’abord régler un autre problème. Ça m’a bloqué. Et comme j’ai tendance à reporter la faute sur les autres, je me dis que celui qui dit non porte la responsabilité de revenir avec le projet quand ce sera oui…

Pour passer à l’acte, le 9 a souvent besoin d’une impulsion extérieure. En bon québécois, j’ai besoin de me faire botter le cul!

On dit qu’une fois lancé dans une activité, le 9 estime que toutes les tâches sont de non-importance égale. Ainsi, il a du mal à distinguer l’essentiel du secondaire et à fixer des priorités. Par exemple, cet été, alors que ma maison a besoin de réparations, j’ai travaillé sur ma remise!!!

Le 9 a tendance à privilégier le statu quo, car il estime que la nouveauté et la prise de décision sont deux sources potentielles de conflit. S’il est obligé ou si malgré tout il décide de changer, il le fera lentement, en prenant toutes sortes de précautions pour éviter les conflits.

Je vous laisse imaginer comment je me suis senti quand le ministère de l’éducation est arrivé avec un nouveau programme de français deux ans avant ma retraite! Et à quel point j’étais heureux de me retirer avant l’arrivée de la réforme…

Cette préférence pour le statu quo est compatible avec une découverte que j’avais faite lors d’une formation sur La Grammaire du changement. J’avais découvert que j’étais face au changement un « réticent de bonne foi ». Prouvez-moi que cela a de l’allure et je vais suivre…

Le 9 valorise et ressent une grande paix intérieure. Et il recherche la même paix à l’extérieur. Car il souhaite l’harmonie entre lui et son environnement. Vous m’imaginez, l’été, le soir sur le fleuve, quand il ne vente plus, que le soleil est couché et que les goélands regagnent leurs dortoirs? Le bonheur!

Avec d’autres personnes, le 9 essaie systématiquement d’arriver à un accord, car il pense qu’on peut toujours s’entendre. Mais attention, si vous me tassez dans un coin, que je me sente menacé…

De même, le 9 souhaite être bien intégré socialement. Pour atteindre cet objectif, il fournit le plus souvent la quantité de travail nécessaire, malgré sa passion. C’est pourquoi j’ai pu réussir une carrière d’enseignant.

Pour éviter les conflits avec les autres, le 9 fusionne avec eux; ainsi, il sait parfaitement ce qu’ils veulent. Il n’arrive pas très bien à distinguer leurs besoins des siens et s’arrange souvent pour qu’ils soient satisfaits.

Que j’ai renoncé, que je renonce souvent! Monique me taquinait, cette semaine. Un de nos amis aujourd’hui décédé était montfortain, et leur spiritualité en est une de renoncement : « Je renonce à mes dispositions pour prendre celles de Marie, ma mère .» Monique me disait que j’étais comme lui. Je ne sais pas trop si c’est un compliment…

En cas de conflit, le 9 reste à distance. Émettant rarement ses opinions, il est un observateur objectif et un conciliateur impartial. Son propre calme peut contribuer à calmer les autres. Mais si le conflit dure ou que les autres essaient de l’impliquer, il se retire émotionnellement ou physiquement.

Un voisin un jour faisait remarquer à Monique qu’il trouvait admirable de voir ma réaction quand elle vivait un conflit avec un de nos enfants. J’écoutais ce qu’elle avait à dire, puis je demandais à mon enfant sa version. Puis je tranchais. Pas toujours tout à fait en faveur de ma femme, elle a dû en souffrir parfois… Je ne suis pas nécessairement un homme solidaire…

À l’école, une fois, une maman m’appelle pour me dire que sa fille et une de ses amies sont en guerre et que ça dégénère… Est-ce que je pouvais faire quelque chose?

Je fixe une rencontre sur l’heure du midi. Je demande à l’une d’elles de me raconter ce qui se passe. Je demande à l’autre de compléter… Je demande à chacune si elle souffre de la situation. Puis si elle peut comprendre que l’autre a souffert de ses paroles, de ses actions…
Elles me quittent avec la promesse de ne rien faire pour envenimer la situation. Juste ça.

Un peu plus tard dans la semaine, lors d’une rencontre à l’auditorium, je vois les deux filles qui essaient d’attirer mon attention… pour me faire remarquer qu’elles étaient ensemble… Une de mes joies d’enseignant.

De même qu’il fuit les conflits extérieurs, le 9 évite l’introspection. Il ne se reconnaît que peu ou pas de qualités. Qu’est-ce que je fais là, si ce n’est pas de l’introspection? Mais là, c’est différent. Je suis en période de crise, de remise en question existentielle. Alors mon centre instinctif cède le pas au centre émotionnel pour me botter le mental!!! La souffrance fait avancer des choses, parfois… Non?

Puisqu’il fait partie du centre instinctif, le 9 a affaire avec la colère, mais il la refoule. Cette colère, pourtant presque continuelle, est inconsciente. Fort rarement, il explose et manifeste sa colère.

Quelques colère mémorables…

Quelques semaines avant mes fiançailles, je veux aller jouer aux quilles et il n’y a pas de planteur. Je demande à mon frère de venir planter pour moi. Il refuse. Je le ramasse par les vêtements, monte trois marches dans l’escalier et le pousse dans le mur. Le placoplâtre cède et on voit très bien la forme des omoplates fraternelles!!! Mon père me forcera à réparer les dégâts… et on racontera joyeusement à Monique l’incident pour la mettre en garde! Mon frère m’a sans doute pardonné ma colère, mais il n’a pas oublié…

En classe? J’enseignais les sciences religieuses dans une polyvalente et lors d’une dernière période, les gars m’accueillent le dos au mur, leurs bureaux sur deux pattes penchés vers eux. Ça sent le complot. En effet, lorsque je leur demande d’ouvrir leur cahier, personne ne bouge. Je me dirige vers un élève à la veste de cuir. « Je ne peux pas forcer tout le monde à travailler, mais TOI, tu ouvres ton cahier. » Il me chante une rengaine publicitaire : « Demandez-nous n’importe quoi… » Je poursuis la rengaine : « … ou presque! Ben mon gars, tu t’en viens chez le moniteur à l’ordre! » Je le ramasse par la veste et le porte à bout de bras chez le moniteur… Quand je reviens, je me rends compte que j’avais vraiment perdu le contrôle… Une vraie tornade était passée dans la classe…

Une autre fois, après l’heure du dîner, une classe était indisciplinée, n’écoutait pas. Je donne un violent (je pense…) coup de poing sur mon bureau… et me fracture la main. Voilà pour la colère!!! Édifiant, n’est-ce pas?

Le moyen habituel du 9 d’exercer sa colère est plutôt une immense inertie; comme il sait si bien ce que souhaitent les autres, il lui est facile de ne pas le faire. Cette attitude lui est le plus souvent inconsciente.

Utilisant mal son centre instinctif, le 9 est peu spontané et semble peu naturel. Ceux qui me connaissent, qu’en pensez-vous?

Dans les relations privées, le 9 utilise à plein ses capacités fusionnelles. L’autre est le centre de sa vie et souvent, il connaît ses désirs mieux que les siens propres. Parfois, il pourra utiliser les besoins de l’autre comme un stimulation et une énergie lui permettant d’agir.

Peu avant ma retraite, je parlais de mes projets avec une collègue. Je lui disais que je voulais faire un peu plus ma part à la maison, pour soulager Monique. Et s’est dite étonnée : « Tu parles de projets de retraite, et ton projet, c’est d’aider ta femme! »

Une fois retraité, j’ai beaucoup travaillé sur un roman que je voulais faire publier… et beaucoup encore lorsqu’un éditeur s’est montré intéressé.

Une bonne fois, Monique me dit : « C’est spécial, hein, vous autres les hommes, vous prenez votre retraite, mais il n’y a pas de retraite pour nous, les femmes au foyer. »

Je lui dis que je ne lui avais jamais dit quoi faire, que si elle voulait prendre sa retraite, qu’elle le fasse, qu’elle décide ce qu’elle veut faire à la maison et que je ferais le reste. Je me suis mis à faire les repas.

Monique voulait faire de la courtepointe, elle s’y est mise avec sérieux, fréquentant pendant un bout de temps même deux guildes. Elle est heureuse. Et cela me rend tellement heureux qu’elle le soit!!!

Le mécanisme de défense du 9 serait la narcotisation. Comme il ignore ou ne tient pas compte de ses propres besoins, il leur trouve des substituts : tabac, nourriture, télévision, collection… Moi, ce serait l’ordinateur… C’est ce qui a déclenché la recherche actuelle, d’ailleurs. Je ressens une mélancolie vague… Je suis facile à émouvoir… Je ne sais pas.

Jeune enfant, le 9 a souvent ressenti un manque d’affection et d’écoute face à ses parents; il s’en est consolé en se disant qu’au fond, ce n’était pas très important. Parfois, il s’est trouvé au milieu de violents conflits entre ses parents. Bien souvent, il a refoulé ces éléments et décrit son enfance comme heureuse. C’est ce qu’on dit dans le document lu.

Mais mon enfance A ÉTÉ heureuse! Je n’ai pas eu connaissance que mes parents se soient disputés.

Seules choses auxquelles je peux penser. Papa partait souvent pour aller travailler à l’extérieur. Ai-je souffert de son absence? Et Maman n’avait pas beaucoup de temps ni de compassion pour nos petits bobos. Je tombe d’un arbre, je me fais une bosse à la tête… Une petite caresse et tiens, va jouer… Mais ce n’est pas dramatique, il me semble.

Je me souviens d’avoir pleuré pour savoir d’où venaient les bébés, mais à cette époque, avec la mentalité janséniste, c’est normal que nos parents ne sachent pas comment expliquer ÇA à leurs enfants!!!

Il paraît que si la compulsion l’emporte, le 9 devient de plus en plus négligent et indolent. Il se dissocie de plus en plus du monde et de ses émotions. Il fuit le contact avec la réalité et peut même la nier.

C’est là où j’en suis. Mais je crois plutôt que la réalité me rattrape. Par exemple, notre maison est négligée. Pourtant, quand nous étions plus jeune, je me lançais dans les projets, je réparais, je construisais… Maintenant, tout me semble difficile. Je n’ose pas. Je ne veux pas imposer les inconvénients de la rénovation à Monique.

Il faudrait par exemple que je m’organise pour aérer l’entretoit, pour changer mes fenêtres, pour repeindre la cuisine et les armoires… C’est comme si j’avais un blocage. Pas capable de m’y mettre…

Si le mouvement se poursuit, le 9 acquiert les aspects négatifs du 6. Il devient peureux et craintif. La moindre activité, la plus petite responsabilité le terrorise; pour agir, il devient totalement dépendant de l’aide d’une autorité extérieure.

C’est à un point tel que j’ai pensé engager un ouvrier qui entreprendrait les rénovations, et qui serait mon « boss », qui me dirait quoi faire… Pas facile à admettre, mais je dois le faire. Ma personnalité, si j’en ai jamais eu une, se désintègre. J’ai l’impression d’être lézardé en dedans.

S’il maîtrise sa compulsion, le 9 réussit à devenir une personne indépendante, et à être en union à la fois avec lui-même et avec le monde. Stable et optimiste, il est pour les autres une source d’apaisement et de bien-être. C’est un bon médiateur et un excellent pacificateur.

Si le mouvement se poursuit, il acquiert les qualités du 3. Il montre plus d’énergie et d’initiative et développe alors une véritable capacité à agir, à mener des projets à bien et à les réussir. Il apprend à se poser face aux autres, sans être agressif.

Bon, finalement, ce n’est pas si mal. Je SUIS une personne indépendante… à condition qu’on ne m’en demande pas trop.

Je SUIS en union avec moi-même et avec le monde. Un peu moins ces temps-ci. C’est pourquoi je m’inquiète.

Je SUIS relativement stable et optimiste. Si je suis pour les autres une source d’apaisement et de bien-être, ça, évidemment, c’est aux autres de le dire.

Il me reste à apprendre à agir. À retrouver, en fait, la capacité d’agir. J’ai tout de même eu une carrière d’enseignant, et ce n’est pas de tout repos, tout le monde le sait. Même s’il y a des enseignants plus vaillants que d’autres!!!

Voilà, c’était ma confession en forme de blues. Je vous demande votre accueil, tout simplement.



Les informations sur l’ennéagramme sont tirées de L’ennéagramme, dynamique de connaissance et d’évolution, de Fabien et Patricia Chabreuil, de l’Institut français de l’ennéogramme.

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2/01/2008

L’avenir du monde, ici, maintenant

Une de mes nièces, qui attend un bébé, est indécise : couches jetables ou couches lavables? Elle en a parlé sur son blogue. Et dans les commentaires qui ont suivi, il y a de tout. Pauvre Isabelle : son blogue est devenu un forum où s’affrontent des valeurs opposées. Qu’en penser?

Je suis un homme, je suis un baby-boomer, à première vue, je n’ai rien à dire sur ce « problème de femme » et de jeune… Mais attention! D’abord, ce n’est pas qu’un problème « de femme » : ces messieurs, quand ils ont accepté de mettre la main à la pâte, ont vite découvert qu’il leur fallait aussi se mettre les mains dans la merde! Et puis j’ai des enfants, des petits-enfants. L’avenir de la planète me concerne!

J’ai l’impression que l’avenir du monde se joue ici, maintenant. C’est étonnant. Autour de cette adorable jeune personne, dans la cour de ce beau jeune couple, une partie d’échecs avec d’incommensurables effets est en train de se jouer.

Je suis né pendant la guerre. Dans le village de mon enfance, il n’y avait pas d’électricité. Le moulin à scie fonctionnait encore avec l’eau du barrage. Puis, tout a déboulé. L’électricité est arrivée vers la fin des années 40 avec l’électrification rurale et la télé quelques années plus tard. Laveuse à tordeur, puis eau chaude à volonté. Cuisinière électrique. Sécheuse. Télé couleur. Ordinateur, four à micro-ondes, etc. Quel progrès!

Quelle facilitation de la tâche des femmes. Bouteille et biberon, couches jetables... Mais nous avions oublié quelque chose. Si l’utilisation de bouteille et du biberon permettait à quelqu’un d’autre de nourrir le bébé, Bébé, lui s’ennuyait du contact avec le corps de sa mère. Et l’on a eu toute une génération (ou deux!) d’obsédés du sein, hein, les gars?

Changer bébé devenait facile. On ramassait le tout, on mettait ça à la poubelle, on lavait les foufounes et l’on mettait une nouvelle couche. Les couches coûtaient cher? Bof, l’économie allait bien, les salaires suivaient le rythme, les femmes libérées sont allées sur le marché du travail, on avait le moyen de se payer les couches, voyons! Quitte à laisser Bébé mariner une heure ou deux dans son pipi…

Les environnementalistes, ces empêcheurs de danser en rond sans souci, ont commencé à jeter des cris d’alarme. Une couche jetable prend 500 ans avant de se décomposer. Nous jetons dans la nature des millions de couches de plastique qui seront encore là dans 15 générations. S’il y a encore des humains sur terre dans 15 générations!!!

Bien sûr, il y a d’autres sortes de pollutions, certaines sans doute encore plus pernicieuses. Notre corps absorbe chaque jour des produits chimiques variés à des doses infinitésimales, et nous n’avons pas terminé d’en mesurer les effets.

Il faut qu’on se réveille. Même quand on est un baby-boomer endormi dans son confort comme moi.

Mais pour une jeune mère, dans le cas des couches jetables, le choix me paraît bien simple. Ou elle se facilite la tâche, comme nous le faisons depuis 60 ans, et c’est bien compréhensible ou elle pense à l’avenir de son bébé et de ses petits-enfants éventuels.

Je lisais dernièrement un proverbe autochtone qui disait qu’avant de prendre une décision importante, il fallait voir son impact sur les sept prochaines générations.

N’attendons pas que les compagnies arrêtent de polluer, elles n’arrêteront jamais. N’attendons pas que les voisins recyclent, ils ne le feront jamais tous. Commençons dans notre cour.

C’est ici, maintenant, que se joue l’avenir du monde. Et de nos enfants, ne l’oublions pas.