12/27/2008

R.I.P. Noël?

Monique et moi venons probablement de passer notre premier Noël « de vieux », cette semaine.

Chaque année, le mois de novembre ramène la même question, le même problème : comment harmoniser l’emploi du temps de tout le monde? Pas facile avec quatre enfants qui ont leur propre famille grandissante, qui doivent composer avec celui de chacun sa belle-famille!

Cette année, c’est notre benjamine qui nous reçoit au Jour de l’An. Nous avons bien hâte de voir tout notre monde. Mais pour Noël, nous étions libérés… Libérés pour quoi?

Dans notre cas, il faut dire que Monique s’est fracturé la cheville à la fin de novembre et qu’elle recommence tout juste à marcher. Pas encore question de « set carré » pour elle! De plus, elle se paye un rhume teigneux (Tousse pis tousse pis Alléluia!) qu’elle ne veut pas partager, l’égoïste! Alors on s’est fait un petit repas tranquille et j’ai essayé une recette toute simple de brochettes de poulet. Avec un bon vin donné par nos amis Alexis et Heidi lors de leur dernière visite, ce fut un repas pas si mal, finalement.

Nous avons regardé des films. L’homme qui parlait à l’oreille des chevaux et Voyage au pays de l’imaginaire. Comme je couvais une migraine, je pleurais tout le temps! C’est un des pré-symptômes de la migraine, pour moi : une tristesse inexplicable m’assaille, j’ai comme un goût de pleurer en dedans et la moindre émotion dans un film ou une série télévisée déclenche l’arrosoir!

Alors hier, le 25, méga-migraine. Bof, j’ai des médicaments et on sait que ça va finir un jour.

Puis je me faisais cette réflexion : passer Noël seuls, pour des parents, c’est le prix à payer pour que leurs enfants vivent leur propre vie.

Ça m’a rappelé une décision difficile que nous avons eu à prendre comme jeunes parents. Chaque année, nous étions reçus chez mes parents et avec le nombre de petits-enfants qui augmentait, le Père Noël n’en finissait plus d’extraire de son sac les présents que les enfants déballaient rapidement pour ensuite attendre : « OK, est-ce que j’en ai d’autres? » Suivaient trop souvent les disputes d’enfants fatigués, l’impatience des parents, les interventions parfois maladroites des mononcles..

Un jour, nous en avons eu assez et nous avons annoncé à nos parents que l’année suivante, nous allions fêter Noël chez nous, avec nos enfants. Et comme nous étions au cœur d’un cheminement religieux dérangeant pour nos proches, notre décision a été difficile à accepter pour mes parents. « Vous ferez cela quand nous serons morts », ma mère m’a-t-elle dit un jour.

Ma mère vit toujours et est en relativement bonne forme, à 89 ans. Si nous l’avions écoutée, nous n’aurions jamais pu nous donner le temps de vivre Noël avec nos enfants. Nous aurions sauté une génération…

Mais je comprends ma mère maintenant. Noël tout seuls, ouais…

Et nous avons poursuivi notre cheminement. Ce que nous contestions, à l’époque, c’est le fait que les gens, même devenus adultes, redeviennent des enfants quand ils retournent chez leurs parents. On joue aux cartes, on prend un verre. D’accord, on réserve une heure pour remettre les cadeaux aux enfants, puis allez jouer, qu’on s’amuse! Ton cousin t’a fait mal? Va donc voir ta mère… Ah, les mères, on ne reconnaîtra jamais assez leurs talents de diplomatie. Même s’il leur fallait parfois saisir un petit monstre par les bras et le mettre à réfléchir dans le coin! La diplomatie, M. Bush vous le dira, a quand même ses limites!!!

Mais ce qui nous irritait le plus, c’était l’orgie de consommation. Nous étions d’avant-garde là-dessus : on parle quand même des années 70! Et nous n’avions pas de mérite. Nos parents avaient connu l’économie de subsistance. Ah, l’invention du sac de farine ( de fleur, comme on disait à l’époque!) de couleur que les mamans recyclaient pour confectionner des robes craquantes pour leurs petites filles... Dans l’économie de subsistance, on ne peut acheter de cadeaux, on n’a pas d’argent. Qui va accepter un porcelet dans une poche en paiement d’un pistolet de plastique qui lance des dards à ventouse? Mais on était ingénieux. Et le garçon qui recevait un canif découvrait rapidement qu’il pouvait fabriquer tous les fusils qu’il voulait. Génération de « gosseux »!!!

La génération suivante avait le choix. Ou on reprenait le modèle de vie frugal des parents, ou on compensait : « Je vais te payer tout ce que je n’ai pas eu… » Monique et moi étions plutôt du premier genre.

Aujourd’hui, quand nous découvrons les ravages de la société de consommation, la menace qu’elle fait porter sur l’avenir de la planète, nous sommes contents d’avoir résisté autant que possible à l’appel du Dieu Consommation, ou du Père Noël. Non, Société Moderne, non, le Père Noël n’existe pas… S’il existait, il quêterait des subventions aux gouvernements! Car tout se paie.

Santa Claus aurait dû s’appeler Santa Coke, mais le marketing aurait été transparent, et ce n’est pas bon pour la mercatique d’être transparente… On recrute des poètes pour inventer une magie de Noël et on passe sous pression sa pacotille plus ou moins à rabais.

Des parents diront que c’est important, la magie. Oui. Mais ça dépend laquelle.

Parlant de magie, il faut que je vous parle du p’tit Jésus. Monique et moi, nous avons donné un sens religieux à Noël pendant plusieurs années. Nous faisions la démarche de l’avent avec nos enfants, et nous leur racontions l’histoire de Noël . Personne ne peut nous reprocher d’avoir voulu y croire!

Mais voilà… Nous avons été désillusionnés, comme des enfants qui découvrent que le Père Noël a la même montre que l’oncle Paul. Et la désillusion a la même profondeur que notre besoin de croire.

Nous avons été désillusionnés par la religion. Nous cherchions la foi et on nous offrait de la religion. C’est comme les apôtres, il cherchaient le Royaume et ils ont eu l’Église catholique. Méchante pacotille…

Remarquez, des choses merveilleuses se sont passées dans l’Église. Des héros, des héroïnes ont accompli des miracles. Mais souvent malgré l’Église et non à cause d’elle. Les visiteurs des communautés religieuses qui faisaient la ronde de leurs missions étaient souvent déçus de constater que les missionnaires étaient de moins en moins religieux. Soit ils travaillaient fort pour le développement de la société, soit ils se trouvaient une zone de confort pas trop fatigante…

La religion, l’opium du peuple... C’est vrai que c’est une drogue… Et comme pour toute dépendance, j’imagine qu’on ne peut jamais être assuré d’être guéri...

Vous comprendrez que la « magie » de Noël, la messe de minuit, les petits anges dans le chœur, les décorations… Ça ne nous dit plus rien.

Voir des enfants pleurer parce qu’ils ont peur du Père Noël, ou d’autres parce qu’ils n’en peuvent plus de se tenir tranquille en attendant le Minuit chrétien, ça m’agace. J’ai l’impression de me retrouver dans une salle d’attente avec un petit qui grouille en attendant son vaccin!!! À qui on va donner un suçon pour lui faire oublier sa douleur...

Alors, oui, je suis devenu un Vieux Grinch! Pourquoi pas?

Mais nous allons rencontrer notre famille le premier de l’An. Nous allons bien sûr nous offrir des cadeaux. On boucle la boucle! Car Noël a été inventé, ne l’oublions pas, pour essayer de faire oublier la fête païenne du solstice d’hiver, la naissance de Mithra, etc.

Oublions les mythologies, même la chrétienne et celle de la consommation, et souhaitons-nous et à nos enfants une excellente année 2009.

Elle ne sera pas facile, paraît-il. Espérons simplement qu’elle accouchera d’un monde meilleur.

Amen!


À vous tous, une excellente année 2009 !

Libellés : , , , ,

1/12/2008

La philosophie et Dieu

Le Devoir, depuis un bon moment, présente une série de textes d’opinion sous le titre Mon devoir de philo. Il invite les philosophes à prouver que la philosophie a sa place dans le curriculum des étudiants à cause de sa capacité de les aider à réfléchir sur des problèmes modernes.

Jean Grondin, dans l’article d’aujourd’hui (http://www.ledevoir.com/2008/01/12/171506.html), parle d’une question oubliée par les philosophes modernes : la question de Dieu. Il mentionne que le nominalisme de la philosophie moderne l’empêche d’aborder la question de Dieu, puisque Dieu n’est pas du domaine physique observable. Et il nous rappelle que la philosophie ne s’est pas toujours contentée de réfléchir sur l’immédiatement constatable. Autrefois, chez les Grecs entre autres, on faisait la distinction entre l’existence d’un être (partie physique observable) et son essence, ce qu’il est en soi.

Et Grondin mentionne que les Grecs ne réfléchissaient pas sur leur religion, ils ne pouvaient la voir comme existant en dehors d’eux. Plus curieux, il fait observer que le Nouveau Testament et le Coran ne parlent pas de religion. Étonnant.

Et j’adore sa définition de la foi : « La foi désigne plutôt un «se tenir» dans l'évidence de l'essence divine, un «se savoir» enveloppé de sa fidélité, qui n'a rien à voir avec un choix qui serait le nôtre. »


Je la trouve assez loin de la religion merci !

Et ça me confirme dans l’idée que pour remplacer la religion qui nous donne des solutions toutes faites (pas besoin de réfléchir !), il va nous falloir nous mettre à la philosophie. À l’ « amitié de la sagesse ». Ce qui est drôlement plus exigeant.

Libellés : ,

1/02/2008

Refonder sa vie… Ce que je me dis…


Je me rends compte, pour reprendre une image de la Bible, que ma vie était fondée sur du sable. En partie. La religion, c’est du sable.

Ça se passe à peu près comme ceci. Quelqu’un cherche une explication et s’en donne une. « Des fois, moi, je me dis que… » On oublie que le sens profond de cette expression, c’est : « Des fois, moi, je me raconte des histoires… » Puis, il décide que c’est la vérité. Ou quelqu’un décide que c’est la vérité.

Une fois, nous avions je ne sais plus quelle difficulté dans l’organisation d’un groupe de jeunes en pastorale. La question qui se posait était carrément l’existence du groupe. J’interviens et je dis que pour moi, c’était important, que j’investirais, même si le groupe est petit, qu’on ne sait jamais ce qui peut ressortir d’un petit groupe, etc. Le prêtre animateur du groupe s’exclame : « Écoutez ça, c’est important, ça frétille de l’Esprit-Saint, ça! Formidable, merveilleux, vous ne sentez pas ça? »

En réalité, dit de façon plus terre-à-terre, il partageait simplement mon avis. Mais il sentait le besoin de faire agir l’Esprit-Saint pour que notre opinion ait plus de poids. Ça pèse combien, un Esprit-Saint?

Donc, je me dis quelque chose. Puis je découvre que c’est la « vérité ». Il ne me reste qu’à convaincre le plus de gens possible. Plus il y a de gens qui y croient, plus c’est « vrai »!

Enfin, quelqu’un vient mettre de l’ordre là-dedans, organiser le groupe, définir l’amont et l’aval de la vérité, en déterminant de son autorité ce qui est de l’Esprit et ce qui ne l’est pas. C’est parti, mon kiki. On a une secte, un groupe ésotérique, et si on est assez nombreux, et que la réflexion est assez développée, une Église.

Mais au départ, il faut toujours se souvenir des débuts modestes : « Moi, je me dis que… » Moi, je me raconte des histoires. La Bible, n’est-ce pas d’abord l’histoire d’un peuple qui lit son vécu à partir de sa foi. Nous avons gagné, « moi, je me dis que » Dieu est avec nous. Quitte, s’il le faut, avec les meilleures intentions du monde, à réécrire l’histoire!

Je vous dis ça, et je me rends compte que moi aussi, je me raconte des histoires. Mais je ne vous demande pas de les croire. Je vous demande simplement de comparer les histoires que je me raconte avec les histoires que vous vous racontez pour que vos histoires soient plus solides!!!

Je me souviens des commentaires respectueux de mon beau-père quand il nous voyait donner de notre temps (et parfois faire garder nos enfants!) pour l’une ou l’autre des communautés dont nous avons fait partie. Il disait : « Vous avez des enfants, vous avez votre famille, il me semble que vous en avez assez… » Son problème, lui, c’est que personne en autorité n’était là pour dire que ça « frétillait » de l’Esprit-Saint. N’empêche, il avait raison.

L’eucharistie, à ses débuts, semble-t-il, était une réunion d’amis « qui se disaient la même chose » autour d’un repas. Le nombre d’invités devenant plus important, on commença à prendre le repas dans de plus grandes salles. Ça devenait difficile à gérer, on a laissé tomber le repas, et l’on n’a gardé que le biscuit... Tout en ayant de belles réflexions théologiques pour justifier chaque décision, s’assurer que ça venait bien de l’Esprit-Saint… Pauvre Esprit-Saint, ce qu’on lui en a fait endosser, des décisions!!!

On a créé de toutes pièces (en empruntant aux autres religions, bien sûr!) une nouvelle famille, une nouvelle communauté. C’est ce que mon beau-père discernait, sans doute, dans son humble sagesse de travailleur de la terre…

Donc, oubliez pour moi Église et église, religion et communauté religieuse.

Oubliez Dieu? Je ne sais pas. Je veux être de plus en plus lucide, mais en même temps ouvert. Ouvert, pas naïf.

J’aime bien quand les gens utilisent des formules alternatives d’action de grâce, quand ils ne savent pas où leur interlocuteur se situe face à Dieu. « Merci, la Vie! » Moi, je me dis que Dieu est un avatar de la Vie. Sa « personnedivinisation ».

C’est vrai que parfois, on prend conscience que la Vie est bonne pour nous. Ou dure! On est tenté de lui parler. C’est sûr que si je me place à un coin de rue et que je parle à la vie pour lui demander le bonheur, la santé, la prospérité, et peut-être aussi que crève le chien du voisin qui vient faire ses saletés sur mon terrain, je vais avoir l’air fou. Pourtant, on fait ça dans les églises et temples, on ne se sent pas ridicules…

C’est que la vie n’est pas à notre service. N’en déplaise à ceux qui croient que la foi déplace des montagnes… et les numéros de loterie!

La vie, je crois qu’il faut l’accueillir comme une amie. L’écouter. Admirer ce qu’elle nous donne.

La vie a plus à nous donner que nous n’utilisons. C’est à nous de le découvrir, mais ce n’est pas à elle de changer. C’est à moi. Toujours être en état de conversion. « Se tourner vers… »

Ce à quoi je vais continuer d’occuper ma vie.

Libellés : , ,

12/28/2007

Faisons le point

Si on résume les observations précédentes, qu’est-ce qu’on a?

— On a un petit garçon plongé dès sa naissance dans la culture religieuse de l’époque, basée sur la tradition, la peur de la sexualité, la fréquentation des sacrements.

— On a un petit garçon normal au plan du développement de sa génitalité que l’on convainc que les pulsions qu’il ressent ne sont pas acceptables.

— On a un préadolescent prêt à se faire prêtre pour faire plaisir à sa mère. Mais ça n’est pas une fondation bien solide pour une vocation!

— On a un adolescent qui fait l’expérience douloureuse du conflit insoluble entre sa sexualité et sa spiritualité. Que doit-il faire? Devenir un ange ou être un homme? Il choisira d’être un homme, c’est plus réaliste… Mais il garde la nostalgie de l’ange qu’on lui a fait croire qu’il pouvait être. Non, qu’il DEVAIT être.

— On a un jeune homme qui continue à fréquenter l’église, mais dont la « pratique » concrète s’éloigne de plus en plus de l’enseignement de l’Église. En fait, l’Eglise n’existe tout simplement pas pour lui.

— Il se marie à l’église, parce c’est ce que sa culture veut. Il a des enfants sans en sentir fortement le désir. Lui et sa femme suivront des méthodes « naturelles » de limitation des naissances, mais sans le dire, il n’adhère pas à l’idéologie religieuse qui motive ce choix.

— Les enfants seront baptisés, comme la culture le veut. Ils seront élevés dans cette culture religieuse.

— Le jeune couple fait l’expérience de la rencontre de Dieu dans le mouvement des Cursillos, du moins, il le croit. Il se met en route, passant d’une communauté à l’autre, d’un mouvement à l’autre cherchant le meilleur moyen de vivre sa foi.

— Le jeune couple devient désillusionné et cesse progressivement sa fréquentation de l’église.

— Le couple plus si jeune devient agressif face à l’église. Il est tenté de brûler ce qu’il a adoré, quoi… C’est souffrant.

Un couple désillusionné, donc. Qui a perdu ses illusions. Je suis rendu à l’étape du deuil qui consiste à prendre conscience du manque. De ce qui ne reviendra plus.

Prendre conscience des espoirs déçus. Pour ensuite voir sur quelles bases fonder l’avenir du pèlerinage!

Je pense que le premier deuil à faire, c’est celui de la perte du sens. La religion avait vraiment donné un sens à notre vie. Nous y avions investi nos énergies, et même notre argent. Nous y prenions beaucoup de place comme animateurs. Nous nous sentions reconnus. Nous avions l’impression d’être un peu meilleurs.

Mais il n’y a pas de salut, parce qu’il n’y a pas de damnation. L’être humain est mortel, l’être humain est limité. C’est sa nature.

Deuil à faire aussi, mais prix à payer pour devenir adulte : perte du regard enfantin. Nous nous sommes émerveillés de si belles histoires! On nous a fait vivre de si belles cérémonies! On s’est fait enfumer de tant d’encens…

Désillusion aussi face à l’Église prétendument sainte…Faut lire les Mémoires d’Hans Kung sur les magouilles canoniques lors du concile Vatican II pour comprendre que celui-ci a donné naissance à un festival de la Sainte Hommerie!!!

Désillusion face à cette Église qui nous a caché des choses. Et nous en cache encore. Pour protéger notre foi. Quelle est donc cette foi qui a peur de la vérité? On nous a traité comme des enfants, on nous a manipulés.

Désillusion face à cette Eglise de pécheurs qui se présentent comme saints. Église de pharisiens. J’ai tout ça en moi encore, mon ami Alexis passe son temps à me reprendre. Faut pas juger. On n’est pas meilleurs. Église d’hypocrites.

Hypocrisie qu’on n’a pas à juger, d’ailleurs. Comment ne pas être hypocrites quand le modèle proposé n’est pas humain? Pourquoi l’humain devrait-il devenir un supra humain?

Désillusion face aux sacrements. Trop de magie, trop d’idolâtrie. Ah, qu’il avait raison celui qui disait dans la Bible : « Tu ne feras pas d’image taillée de moi… » Toute la religion est un effort humain pour « cerner » Dieu et même le réquisitionner! C’est le fun quand on peut mettre Dieu dans une petite boîte et lui parler de nos bobos!!! Ou encore questionner sa compétence en constatant l’état du monde!!!

Désillusion aussi face à la dictature de l’Église face à la morale. Son immobilisme. Sa philosophie du Moyen-Âge. Son option pour la conformité plutôt que la liberté. On a tellement peur de la liberté, dans l’Église!

Et surtout face au concept de l’être humain vicié, sali au départ par la tache originelle, tenté par tous les péchés. Les meilleurs étant appelés capitaux! Parce que l’être humain n’apparaît vicié qu’en comparaison d’un idéal fantastique. Les pires crimes comme les plus grands exploits sont humains, point.

Désillusion face à la lecture en général assez fondamentaliste des Écritures. Je me souviens d’un étudiant en théologie qui a quitté le cours parce qu’il disait risquer de perdre la foi en écoutant notre prof, un prêtre, pourtant. Mais quand on peut passer des heures à prier devant un morceau de pain, on a de la difficulté à accepter que l’eucharistie, c’est d’abord une communauté rassemblée!

Il va me falloir accepter le deuil de l’espace que je prenais dans les diverses communautés auxquelles j’ai appartenu. Du plaisir de la recherche d’idées nouvelles pour l’animation, du plaisir de l’enseignement : j’ai toujours aimé faire mon show devant un public!

Mais je rêve encore de parler devant un public. Si quelqu’un veut que je parle des découvertes que j’expose ici, qu’il m’appelle!!! Je ne suis pas prêt à en faire le deuil…

Prochain épisode : Bâtir…

Libellés : , , ,

12/25/2007

La course à obstacles

Nous aimions les rencontres hebdomadaires du Mouvement des Cursillos. Elles consistaient en général en une eucharistie, avec beaucoup de chant et un partage « aux tables » en petits groupes sur l’évangile, suivi d’un témoignage. Théoriquement, chacun aurait dû tirer une leçon de l’évangile, prendre une résolution, et accepter de s’évaluer la semaine suivante sur son action. Mais cette partie a la plupart du temps été négligée.

L’animation variait beaucoup, parce qu’elle était la responsabilité de personnes différentes à chaque semaine. Et le partage aux tables permettait d’exprimer ses émotions. Mais, avouons-le, ça n’allait pas très loin. Pour nous, en tout cas.

Se rendre à Victoriaville toutes les semaines, vivre à plein la rencontre, suivie la plupart du temps d’une rencontre plus intime au restaurant, revenir vers 1 ou 2 h du matin, payer la gardienne, la reconduire chez elle, dormir une courte nuit, aller travailler le lendemain… C’est quand même un peu exigeant pour un jeune couple. Nous ne cheminerons que quelques mois dans cette communauté.

La Famille Bethléem

J’enseignais à Sorel, et mon directeur, devenu depuis mon ami, me faisait parfois des « avances ».

— Vous semblez vivre quelque chose, ta femme et toi, faudrait qu’on se voie.

Je disais à Monique en revenant à la maison : « Mon directeur semble m’offrir son amitié sur un plateau d’argent, mais il me semble que ce n’est pas comme ça que ça devrait se passer. » J’avais d’impression d’être un enfant à qui un autre enfant demande : « Veux-tu être mon ami? »

Une bonne fois, il se fit plus précis. « Ma femme et moi, nous connaissons un prêtre formidable, l’Abbé Gilles.qui voudrait fonder une petite communauté de style nouveau. J’ai invité un couple et si vous vouliez vous joindre à nous, nous pourrions avoir une rencontre, tel soir. »

J’ai accepté tout de suite. L’abbé Gilles nous exposa son idée d’une communauté religieuse dont les membres continueraient à vivre chacun dans son milieu. Le membership serait très diversifié, comptant des laïcs mariés ou célibataires, des religieux et religieuses, des prêtres.

Nous ne nous en rendions pas compte, Monique et moi, mais nous assistions à une réunion de fondation d’une expérience unique, la Famille Bethléem. Notre vie n’allait plus jamais être la même.

Au début, nous nous rencontrions environ une fois par mois, pour un week-end de vie communautaire. C’était original, quand même : des familles avec de jeunes enfants, des étudiants qui se préparent à être prêtres, des célibataires plus ou moins jeunes, des religieuses, venant de partout dans le diocèse.

Notre prêtre gourou travaillait tard, et certains sacrements de la pénitence pouvaient se terminer vers les 2 h du matin. Et nous, nos enfants nous réveillaient tôt. Alors, quel plaisir vers 10 h, de donner des chaudrons aux enfants avec des cuillers de bois pour faire la parade et réveiller les lève-tard! Ils ne nous ont pas toujours trouvés drôles, mais tout était vécu dans un esprit familial serein. Les vengeances n’étaient jamais méchantes.

Les années passent, les valeurs de notre communauté se précisent, et Monique et moi en venons à prononcer des vœux d’accueil, d’esprit de famille, de pauvreté-partage, de prière et de joie. C’était quand même quelque chose!

C’était tellement quelque chose que j’ai quitté mon emploi à Sorel pour venir m’installer avec ma famille à St-Liboire, où notre communauté avait acheté une maison. « Quitte ton pays, dit la Bible, va dans le pays que je te montrerai… »

Mais dans toute communauté humaine, fût-elle religieuse, il y a de l’hommerie. Des conflits de personnalité, des conflits de leadership, des conflits de valeurs ont eu raison de la Famille Bethléem. Et avant de faire le « ménage », et d’accepter que nous y prenions part, l’évêque de St-Hyacinthe nous demande de choisir de partir ou de rester. Comme il n’y avait pas de garantie quant à l’avenir, nous avons choisi, la mort dans l’âme, de partir.

La communauté existe encore. On n’en entend pas beaucoup parler, mais ce n’est peut-être pas nécessaire. Nous aurions préféré qu’on en parle moins, « dans le temps », et qu’on en vive plus profondément les valeurs. Le deuil de cette partie de notre recherche religieuse m’habite encore. Je suis encore triste de n’avoir pu pousser plus loin notre expérience communautaire.

Que retenir de cette expérience de la Famille Bethléem? Nous aimons la vie communautaire. Nous nous engageons profondément. Par exemple, quand on s’est rendu compte que les enfants grandissants devenaient un obstacle à la formation et à la célébration, Monique et moi avons volontairement renoncé à cette partie de la vie communautaire pour garder les enfants chez nous et essayer de leur faire un bout de chemin. Nous avons donné de notre temps, de notre argent pour la communauté. Quelqu’un nous demandait un jour combien nous avions perdu dans l’aventure Bethléem. J’ai répondu spontanément que nous n’avions rien perdu, nous avions tout donné.

L’expérience a été formidable pour nous et nous avons gardé des liens d’amitié avec certains des membres de la communauté. Mais il fallait partir… La vie est un pèlerinage. Et Bethléem a été une étape où nous avons dans la vérité essayé de vivre nos convictions religieuses. Et c’est cette vérité qui nous a amenés à quitter.

Une anecdote, centrale dans mon cheminement. J’ai déjà dit qu’il y avait toutes sortes de personnes dans la communauté. L’une d’entre elles était une dame séparée, blessée par la vie, avec un langage pas plus distingué que cela. Je l’aimais bien. Je la respectais dans son originalité, et sa vérité.

Or voici que cette dame tombe enceinte d’une aventure d’un soir. Et qu’à la suite de sa faute, notre gourou de prêtre la met à la porte de la communauté sous le fallacieux prétexte qu’elle n’avait jamais suivi les étapes officielles de l’accueil dans la communauté. Autrement dit, elle a cheminé pendant quelques années avec nous, mais maintenant qu’elle faisait scandale, dehors!

Je me suis levé, et j’ai dit qu’on parle d’accueil, d’esprit de famille, et qu’on met ma sœur dehors. Qu’est-ce qu’on attend de moi, donc?

Le plus étonnant, je monte à la chapelle avec quelques amis et quelqu’un ouvre la bible au hasard, nous sommes presque des charismatiques, n’est-ce pas? Je ne suis pas trop à l’aise avec ce procédé qui réquisitionne l’Esprit-Saint! Mais il reste que le message trouvé tombe drôlement à pic. Voyez!

« 1 A l'ange de l'assemblée qui est à Éphèse, écris: Voici ce que dit celui qui tient les sept étoiles dans sa droite, qui marche au milieu des sept lampes d'or:
2 Je connais tes oeuvres, et ton travail, et ta patience, et que tu ne peux supporter les méchants; et tu as éprouvé ceux qui se disent apôtres et ne le sont pas, et tu les as trouvés menteurs;
3 et tu as patience, et tu as supporté des afflictions pour mon nom, et tu ne t'es pas lassé;
4 mais j'ai contre toi que tu as abandonné ton premier amour.
5 Souviens-toi donc d'où tu es déchu, et repens-toi, et fais les premières oeuvres; autrement, je viens à toi et j'ôterai ta lampe de son lieu, à moins que tu ne te repentes. » Ayoye !

Mais rien n’arrive sans raison. Nous étions trop centrés sur nous-mêmes. Notre communauté drainait toutes nos énergies, et parfois, même notre portefeuille! Il fallait passer à autre chose.

Le Mouvement des Cursillos, phase 2

Et pourquoi pas, revenir en arrière. Avant l’expérience de la Famille Bethléem, j’avais voulu parrainer mon directeur, Paul-Émile, pour le mouvement des Cursillos.Un jour, il m’appelle pour me dire qu’Andrée, son épouse, est en train de faire son week-end de cursillo et nous demande si nous ne voudrions pas lui faire la surprise d’assister à la célébration de l’impact. J’étais déçu de ne pas avoir su qu’ils allaient faire le week-end, mais il nous faisait plaisir de leur faire plaisir!

Nous y avons rencontré les responsables de la communauté locale à St-Hyacinthe, et quelques jours plus tard, nous nous joignions à eux pour leurs rencontres hebdomadaires. Nous avons tout de suite pris une place importante dans notre nouvelle communauté, et quelques mois plus tard, nous faisions partie du comité des responsables. Monique et moi sommes des créateurs au plan animation, alors c’est la responsabilité de l’animation qui nous est impartie.

On peut dire en rétrospective que les rencontres cursillistes sont trop centrées sur la liturgie, mais c’est une liturgie très libre, qui laisse place à beaucoup d’invention, d’expérimentation. Nous avons beaucoup aimé ce travail, qui n’en était pas un, en fait. C’était une passion.

Mais ça n’était pas toujours facile. L’hommerie, toujours. Le comité diocésain décide à un moment donné de scinder le territoire de deux communautés pour en former une troisième. Est arrivé ce qu’on peut deviner : chaque « demi-communauté » voulait qu’un des couples membres de « sa » partie du territoire devienne responsable de la communauté. Petite magouille, petit malaise, ce sont les plus naïfs qui sont élus, Monique et moi. L’autre couple « en lice » prendra prétexte d’une différence d’opinion pour se retirer par la suite. Hommerie…

Je ne dis pas qu’ils étaient les seuls en faute. Non, l’hommerie est en faute.

Plus tard, nous faisons partie de l’équipe d’un week-end de Cursillo, puis nous travaillons avec le Père Georges M., à « monter » un week-end d’aggiornamento, sorte de retraite de rafraîchissement (ou réchauffement!) pour « vieux » cursillistes. Créativité, recherche, liturgie : nous étions dans notre élément.

Enfin, une recherche majeure a changé notre vie. On me demande de faire partie d’un comité de recherche qui avait pour mandat de « refonder » le Cursillo sur ses bases originelles. Long travail : il fallait d’abord trouver dans les textes l’intention du fondateur, puis créer une école de formation pour faire avancer les cursillistes. Quelles belles rencontres nous avons eues! Quel beau cheminement spirituel et humain.

Nous avons découvert que les valeurs fondamentales du Cursillo (prière, étude, action) s’articulaient autour des valeurs de l’action catholique, finalement : voir, juger, agir. Voir, observer, être conscient. Juger, discerner, choisir. Agir. Ah, la pierre d’achoppement! Agir, que c’est donc difficile! Ça aussi, c’est humain. Peur du risque, de l’effort… Peur de se tromper, aussi.

C’est un peu comme en politique : quand arrive un problème important, on fait une commission d’étude. Et les recommandations d’action se ramassent souvent sur les tablettes!!!

D’autant plus que l’idée originale du Cursillo passait par les petits groupes. Quelques amis autour de la table qui scrutent leur vie, puis cherchent dans l’Évangile un éclairage. On jugeait ça trop dangereux. On avait peur que les gens cessent d’aller à la rencontre hebdomadaire, qu’ils cessent d’aller à la messe en paroisse. Quel désastre ce serait!

Quand est venu le temps de créer l’école de formation, on me demande de la prendre en charge. Imaginez la déception de notre responsable de comité, Claude, qui s’était donné corps et âme à ce projet, et qui avait vraiment de goût de brasser la cage. Il s’est senti trahi. Je n’avais rien fait pour devenir responsable, je suis plutôt du genre à fuir les responsabilités. Mais on m’avait choisi. Et j’avais dit oui.

Ce n’était pas une très bonne idée. Je suis trop naïf, trop accommodant. Depuis le début, on nous avait assigné un prêtre pour nous accompagner. Un bon bonhomme, mais un prêtre…L’école de formation a pris la couleur du Cursillo que nous voulions réformer. Beaucoup de formation, beaucoup de liturgie, mais peu d’action. Ce n’était pas carrément mauvais, mais ça n’allait pas assez loin.

J’ai l’intuition que la présence d’un prêtre, fût-il un bon gars, a tout gâché. On s’est retrouvé avec des messes à célébrer, donc à préparer, le sacrement du pardon, etc. Et ce que j’écris maintenant me fait comprendre pourquoi les curés responsables de plusieurs paroisses sont appelés dans notre diocèse des modérateurs. Pas animateurs de pastorale, modérateurs! Éteignoirs…

Incapable de mettre le doigt sur le bobo, à l’époque, mal à l’aise avec la direction qu’avait prise l’école de formation, je donne ma démission.Et je prends mes distances du Cursillo.

Monique et moi avons été invités au 10e anniversaire de notre ancienne communauté, il y a une couple d’années. Nous y sommes allés, mais nous y avons trouvé le même genre d’animation, une vie communautaire qui nous a paru fade. Rien n’avait changé. Ça peut paraître rassurant pour certains. Pas pour nous.

Avec le recul, je ne renie pas ce que nous avons vécu au Cursillo. La vie communautaire, la créativité dans l’animation. Mais c’est une étape passée, à laquelle nous ne pourrions pas revenir. Le Cursillo bouffait toutes nos énergies, il ne restait plus rien pour la société… et nos familles!

D’une communauté à l’autre

Alors même que nous cheminions avec la Famile Bethléem, nous avions pris contact avec le mouvement charismatique. Et un bon soir, nous nous retrouvons, un groupe de Bethléem, à une soirée charismatique dans une église de Sorel. Il faut dire que nous y étions allés plus par curiosité que par recherche spirituelle. Par contre, quand nous sommes allés nous faire imposer les mains, j’ai pris la démarche au sérieux. Quand nos amis nous ont demandé, avec un sourire mi-moqueur, si on avait « senti » quelque chose, je leur ai répondu que moi, j’étais convaincu d’avoir reçu ce dont j’avais besoin.

Nous avons suivi quelques formations, de diverses personnes qui avaient le « charisme » de l’enseignement. J’avais de la difficulté à entrer dans le « parler en langues ». Et à la clôture d’un congrès charismatique, alors que les prêtres et certains laïcs possédant le charisme de guérison essayaient de faire marcher des personnes habituellement confinées à leur chaise roulante, j’ai trouvé l’expérience carrément pénible…

Par contre, j’ai vécu quelque chose là. Les gens faisaient la file devant un prêtre charismatique qui tenait une bible à la main et donnait supposément un « message » aux fidèles qui était allés le voir. Devant moi, une religieuse avec des airs de grande dame se fait dire : « Le Seigneur te dit que ce n’est pas de ta richesse qu’il a besoin, mais de ta pauvreté ». La pauvre sœur en a eu les jambes sciées! Et à moi, il a dit : « Tu vaux bien plus que tu penses… » Ça m’a donné un choc, tout de même. Quelle intuition!

Nous avons cheminé un bout de temps dans un groupe de prière, et j’y ai pris une certaine place comme animateur. J’y suscitais même de l’admiration. Une bonne dame me disait un jour : « Ah Monsieur Nadeau, quand vous priez, vous avez l’air d’un saint ». Ça m’a bloqué net, car je savais, moi, le pécheur que j’étais. Et je trouvais trop facile d’impressionner…

Et quand j’ai eu pris une distance de la religion, et que ma mère s’inquiétait, disant qu’elle avait peur que je joigne une quelconque secte, je lui ai répondu, à moitié à la blague : « Il n’y a pas de danger que je joigne une secte, Maman. Le vrai danger, c’est que j’en fonde une! »

Que retenir de cette époque « charismatique » de notre vie? Trop de folklore, trop de magie, trop de sensationnel. Nous avons voulu y croire, nous n’y avons jamais cru vraiment, même si des fois, comme l’épisode relaté à la fin de notre cheminement bethléemien, c’était surprenant.

Un peu dans la même ligne, à des antipodes, toutefois, nous avons « fait » les exercices de saint Ignace. À deux reprises, notre animateur du premier groupe ayant déclaré forfait après un an de cheminement. Ce sont des exercices, des « efforts » pour conformer sa vie à la volonté de Dieu. Pour moi, c’est demeuré à l’état d’exercices. J’ai fait mon possible, sans y croire vraiment. Mais j’y ai appris beaucoup sur moi-même. On avait, par exemple, un exercice où on devait choisir des images significatives et partager avec les autres. Je me souviens d’une image que j’avais choisie, celle d’un moine rondouillet qui humait l’arôme d’une coupe de vin. Cette image disait le côté contemplatif de ma personnalité. Goûter, apprécier, contempler.

Plus tard, c’est devenu un élément fondamental de ma nouvelle spiritualité. Quand les amis viennent manger chez moi et qu’ils s’empiffrent avec la nourriture que je leur sers, je n’ai pas besoin d’un long discours de remerciement : je sais qu’ils apprécient. J’apprécie la vie la vie, et pour moi, ça vaut la plus belle prière d’action de grâces.

Mais je n’ai jamais réussi à entrer dans les exercices, parce qu’ils supposent une « prise en charge » de son cheminement. Et moi, je préfère me laisser guider. Tout en n’étant pas nécessairement facile à guider!!! L’Esprit-Saint a de la misère avec moi! Ou peut-être pas, finalement. On verra bien à la fin, quand tout deviendra clair.

Nous avons parlé du mouvement des Cursillos, centré sur sa liturgie, du mouvement charismatique, un peu trop « flyé » à mon goût. Eh bien, pour être terre à terre, nous avons tâté aussi du mouvement ouvrier. Nous faisions partie d’une coopérative alimentaire, et nous avions partagé avec certains qui étaient plus proches de nous nos déceptions spirituelles et communautaires. Alors quelqu’un me dit qu’ils étaient quelques-uns à se réunir en petite communauté, le dimanche matin, pour chercher dans l’évangile le sens de leur vie.


Nous avons cheminé un bout de temps avec eux, puis dans le mouvement MTC (Mouvement des travailleurs chrétiens), dans mon cas. Nous avons retrouvé la chaleur communautaire que nous vivions à Bethléem, plus la recherche de sens dans l’action qui manquait au Cursillo. Voir, juger, agir… Au Cursillo, on cherche dans l’évangile de la semaine un éclairage pour notre vécu. Au MTC et à la communauté ouvrière, on regarde le fonctionnement de la société, et on cherche quel passage de la bible pourrait jeter une lumière pour notre vécu. C’est une bonne chose, hein?

Mais il y avait un petit côté idéologique qui me heurtait. Par exemple, quelqu’un, lors d’un partage, qui dit qu’il n’est pas capable d’aller communier à la même table que son patron… Ah oui? Dieu prendrait parti entre le patron et l’ouvrier? Pourtant, il les a créés tous les deux, non? Lors de l’évaluation d’un colloque auquel nous avions participé, Monique et moi, je faisais remarquer que les véritables ouvriers étaient en minorité dans le mouvement. Et je surprends sur les lèvres de quelqu’un : « Il n’a pas la grille… » La grille?C’est la « grille » ou l’Évangile qui doit nous guider? Me reviennent en mémoire les mots d’un prêtre à la coopérative alimentaire, alors qu’on proposait d’étaler sur plusieurs semaines le coût de la cotisation annuelle pour certaines personnes démunies. « Nous ne sommes pas ici pour faire la charité. Nous sommes ici pour faire l’expérience d’une façon alternative de vivre en société. » J’y reconnaissais la «grille » en question, à l’action!

Mais le mouvement ouvrier m’a permis de vivre une expérience forte, lorsque Monique et moi avons quitté, déçus de ne pas trouver ce que nous cherchons. On est venus nous voir à la maison, on s’est enquis respectueusement de nos raisons, on nous a présenté quelques arguments, genre : « Quand quelqu’un se casse une jambe dans ton escalier, c’est important pour toi de réparer l’escalier, ou de mettre un plâtre sur la jambe. » J’ai dû avouer que j’étais un spécialiste du plâtrage de jambes! Mais je me suis senti libre, respecté.

Je pourrais aussi parler des cours de théologie que j’ai suivis à l’Université de Montréal et que j’ai adorés. Évidemment, un certificat ne mène pas loin, mais j’ai pu quand même prendre contact avec la méthode historico-critique et prendre conscience de la partie légendaire de la bible et de notre religion par la suite.

Ou des sessions d’Incroyance et Foi, destinées à nous rendre plus apte à dialoguer avec les distants. Mais j’étais déjà un distant. Je les voyais venir!
Mais il y a du bon dans tout. Le Père de Reyes nous présentait un modèle quadridimensionnel du fonctionnement de l’être humain, avec les sens pour communiquer avec le cosmos, la parole pour parler aux autres, le dialogue intérieur pour se comprendre soi-même et Jésus-Christ, le Verbe incarné, pour rencontrer Dieu. Mais même si son modèle était brillant, il nous avertissait qu’il n’était pas un idéal. Qu’une personne n’avait pas à développer simultanément et au même niveau chacune des dimensions. C’était un modèle théorique, qui sert d’instrument de comparaison pour mieux se comprendre. J’ai eu l’intuition à ce moment-là que le Jésus de l’Évangile était lui-même un modèle théorique qui permet par comparaison de savoir où nous en sommes.

Mini-conclusion

Je ne sais pas quand c’est arrivé. Mais à un moment donné, j’ai eu la même illumination que lorsque j’avais découvert au Cursillo que tout était vrai. J’ai eu l’intuition que rien n’était vrai. Que tout est vanité, comme dit le prophète. Ou peut-être pas. C’est à suivre!

J’ espère que vous avez pu vous faire une idée de ce que nous avons vécu, à partir des paragraphes qui précèdent. En me relisant, je crois voir une toile impressionniste, où les contours sont plutôt flous… Faudra s’en reparler. Suite au prochain épisode

Libellés : , , , , ,